Actualités  |  04.03.2022

Réunion de la commission forêt-industrie de l’ATIBT

La première réunion de 2022 de la Commission forêt-industrie s’est tenue jeudi dernier le 24 février. Des entreprises et associations professionnelles provenant du Cameroun, du Congo et du Gabon ont participé à cette réunion.

Réunion de la commission forêt-industrie de l’ATIBT

Les discussions de la commission ont concerné l’aménagement forestier et le développement de l’industrie. Après une présentation de synthèse de la situation actuelle par Nicolas BAYOL, président de la commission, chaque membre s’est exprimé sur ses expériences récentes sur les deux sujets, et a présenté ses préoccupations et suggestions.

En ce qui concerne l’aménagement forestier, quatre préoccupations et suggestions ressortent :

  1. L’inquiétude sur la sécurisation de la surface des concessions dans le cadre de l’affectation des terres (révision de plans de zonage aux niveaux nationaux), mais aussi de la certification FSC (maximum 5% de la surface peut faire l’objet de conversion). Ce problème d’insécurité pour des investissements durables touche tous les pays, que ce soit en raison de la croissance démographique ou des priorités données au développement de l’agriculture. Une réflexion est nécessaire sur une plus grande sécurisation des titres forestiers.
  2. La reconstitution et la régénération de certaines essences (comme le Sapelli) ne sont pas suffisantes. Des solutions sont à rechercher pour compenser l’inévitable baisse de disponibilité de ces essences et assurer une meilleure régénération. Des actions sont à l’étude pour développer la sylviculture ou l’agroforesterie dans les savanes et les zones forestières fortement dégradées.
  3. Il n’existe pas de directives réglementaires spécifiques pour le renouvellement des plans d’aménagement pour la deuxième rotation d’exploitation dans les concessions forestières. Deux entreprises au Gabon (CEB et Rougier) ont démarré les travaux pour le renouvellement de leurs plans d’aménagement, en raison du fait que la période de mise en œuvre des premiers plans d’aménagement arrive à échéance. Ces entreprises le font en étroite collaboration avec le gouvernement à travers un projet pilote financé par le PPECF et en collaboration avec l’université de Gembloux et le CIRAD. L’objectif du projet est de tester dans quelle mesure les données d’inventaires et d’exploitation, ainsi que celles de suivi de biodiversité et de régénération, et de l’aide au développement local, collectées pendant la première rotation, pourraient être mises en valeur pour l’élaboration des nouveaux plans d’aménagement et réduire les besoins en nouveaux inventaires d’aménagement. Les réflexions seront également partagées avec les autres opérateurs prochainement concernés et avec les bureaux d’études.
  4. Les bienfaits des plans d’aménagement, et à travers eux les bienfaits de la gestion durable de grandes surfaces de forêts, ne sont pas assez connus du grand public, ni des administrations locales. Il est important de communiquer plus sur l’importance des plans d’aménagement forestier de qualité.

En ce qui concerne le développement de l’industrie du bois, six préoccupations et suggestions ont été émises par les forestiers et industriels:

  1. Concernant des Zones Economiques Spéciales (ZES) : il est important d’y attirer des industries qui transforment d’autres essences que les industries existantes ou qui font de la 2ième et 3ième transformation ; il faut aussi veiller à ne pas désavantager les entreprises existantes qui souhaitent investir.
  2. Le principe de partage de production, tel qu’il est proposé au Congo inquiète les entreprises forestières qui ont fait part de leurs préoccupations (des analyses des propositions faites par les institutions congolaises sont en cours) : l’augmentation des prélèvements en forêt ne pourra se faire que dans les limites des plans d’aménagement et pour des essences et qualités que les entreprises ne transforment pas déjà elles-mêmes ; les investissements en ressources humaines, le logement, et les investissements en machines et grumiers ne pourront se faire que si l’achat des compléments de production est garanti sur une longue durée  ; des garanties concernant le paiement des grumes partagées sont indispensables pour ne pas impacter négativement la trésorerie des entreprises pour leur propre fonctionnement et plans d’investissement.
  3. Les PME nationales peuvent jouer un rôle dans le développement de la 2ième et 3ième transformation, et elles devraient avoir accès aux ZES comme les investisseurs étrangers, même si elles produisent pour le marché local ou régional. Des mesures en faveur de la transformation plus poussée sont à prendre : ainsi au Cameroun le gouvernement exonère les entreprises pour les droits de douane pour les importations de matériel de 2ème et 3ème
  4. Dans le cadre du changement climatique, certaines entreprises, comme CEB, investissent afin de réduire leurs émissions de carbone, pour une optimisation du rendement par la valorisation de déchets pour l’énergie (cogénération) et pour la production de charbon et de pellets.
  5. Déjà aujourd’hui les entreprises ont du mal à trouver du personnel formé pour des postes essentiels comme ceux de scieur ou d’affuteur. Le développement de centres de formation professionnelle (à ne pas confondre avec des écoles d’enseignement technique également nécessaires) pour former des travailleurs en entreprise est une vraie urgence pour toute politique de développement de l’industrie.
  6. Les industriels forestiers souhaitent être partie-prenante d’une réflexion sur les modalités de l’arrêt d’exportation de grumes, envisagé par les États (hors Gabon) au 1er janvier 2023.

Sur la base des éléments ci-dessus et bien d’autres, la Commission forêt-industrie va développer des notes de communication. Ces publications seront rédigées par les membres de la commission au cours des prochains mois et seront disponibles avant le Forum ATIBT qui se tiendra du 31 mai au 3 juin 2022 à Nantes.

La prochaine réunion est prévue pour le 28 avril et nous espérons que des représentants de RDC et de la Côte d’Ivoire seront également présents. La commission reste également ouverte à de nouveaux membres, en particulier aux experts dans le domaine des industries.